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Sociétés insulaires d’Océanie : héritages, mutations et recompositions

C’est peu de dire que les sociétés insulaires possèdent à la fois un héritage fort et sont confrontées à des enjeux sociétaux majeurs : climatiques, économiques, politiques, idéologiques, juridiques.
- La mission de cet axe reste d’éclairer les dynamiques de changements, les segmentations et les innovations, et de proposer des outils de réflexion
- Parmi les enjeux, figurent les problématiques de l’éducation, de la violence, du genre, des syncrétismes, de la mobilité, des savoir-faire, de la multiculturalité et des clivages sociaux.

Les mutations contemporaines des sociétés du Pacifique s’inscrivent dans une histoire complexe qui, après le choc de l’évangélisation puis de la colonisation, se confronte désormais aux problématiques du « village mondialisé » et des autonomies ou indépendances nouvelles. C’est le poids de cette histoire qui inscrit à égalité les trois autorités de l’État, de la Coutume et de l’Église dans les constitutions de tous ces petits pays du Pacifique devenus indépendants. On comprend que les dynamiques syncrétiques, la diversité des influences culturelles et les intérêts souvent contradictoires créent des tensions sociétales fortes. Le statut de l’universitaire lui permet de penser, avec une relative sécurité, ce que la société maintient parfois dans le non dit. Or, il semble que derrière ces processus syncrétiques souvent délicats, voire contradictoires, se masquent des enjeux de pouvoirs. Il apparait ainsi que le projet de société, voire d’« un destin commun », pour reprendre l’expression du préambule de l’Accord de Nouméa, ne peut pas faire l’économie d’une réflexion sur ces tensions sociétales. Il s’agit aussi bien de tendre vers leur compréhension historique que d’élaborer des instruments critiques qui permettent de rendre compte de la complexité des sociétés présentes et de leurs diverses stratégies de recomposition, par là de dénouer les processus d’affabulation en jeu dans les mutations sociales. On peut esquisser quelques unes de celles-ci :

  • Dans le continuum océanien de la triade des humains, des ancêtres et des dieux, le Christianisme a fait disparaître la référence aux ancêtres, à leur culte, à leur protection, pour privilégier la confrontation des humains et d’un Dieu unique transcendant. Une distorsion forte existe ainsi entre les pratiques religieuses affichées socialement et les pratiques intimes. Le sujet océanien n’était un sujet que pour autant qu’il gardait un lien vivant à ses ancêtres, lien par lequel ils le protégeaient et par lequel il les maintenait vivants. Le monothéisme chrétien en confisquant au profit exclusif de Dieu la gestion des morts impose une déstabilisation identitaire. Si on ne garde pas à l’esprit ce non-dit sur les ancêtres, on ne comprendrait pas pourquoi c’est à travers les questions de la terre ou de la langue que l’ancestralité peut être reconduite.
  • On peut être surpris a priori par l’importance alarmante des violences exercées aujourd’hui sur les femmes dans les sociétés insulaires du Pacifique, pourtant ferventes et enserrées dans un maillage religieux étroit. Or, il n’y a pas là une contradiction mais une corrélation. L’autorité coutumière des hommes était contrebalancée par la sacralité des femmes. Avec l’évangélisation, la femme a perdu toute sacralité tandis que l’autorité des hommes a été accrue par la vision patriarcale inhérente à l’héritage biblique. Ainsi l’omniprésence des Eglises peut-elle participer indirectement et structurellement d’une violence sociétale majeure.
  • Derrière la question du genre se posent des enjeux sociétaux majeurs (parité, violence, religion/démocratie/coutume…) avec la tension entre le statut océanien ou républicain des femmes… Si la question du genre est une question sociétale importante, celle du rapport au foncier ne l’est pas moins. Traditionnellement, aussi bien dans la Polynésie qu’en Mélanésie, il n’y avait pas un droit de propriété mais un droit d’usage… Le foncier s’articulait à l’ancestralité pas à l’économie marchande. La terre se négocie ainsi aussi et surtout sur sa valeur symbolique. Pour autant les chefs coutumiers sont souvent investis aussi de fonction religieuse (diacre par exemple) ou de fonction élective. Derrière la confusion entre l’esprit des rituels et les légitimités, il est facile à des élites locales de jouer de toutes les formes de culturalisme et de réductionnisme pour asseoir des pouvoirs et créer des béances identitaires. C’est dans ce contexte qu’il faut replacer les crispations identitaires, la réinvention des traditions et la diversité des expressions artistiques et littéraires.
  • Les mutations sociales dessinent aussi de nouveaux espaces et une nouvelle géographie humaine. L’opposition n’est plus celle de la tribu et de la ville, de la brousse et de l’aire industrielle. Le mouvement des populations crée au sein du grand Nouméa des quartiers à communautés fortes, des squats importants. Les nouvelles circulations humaines recomposent l’espace urbain qui doit gérer ses propres tensions entre une flambée des prix de l’immobilier et la pression croissante d’une population à la fois exclue sur le plan économique et présente de fait depuis deux ou trois générations.
  • Ces tensions et recompositions sociétales peuvent se retrouver au niveau des savoirs et des savoir-faire locaux. En d’autres termes, travailler en sciences sociales peut porter sur le recueil des savoirs traditionnels, par exemple, en ethnobotanie (dans le cadre d’un programme GOPS) et devoir par là s’intéresser aux domaines connexes de la cosmologie, des normes et des droits, de la propriété et de la territorialisation, en bref au domaine des représentations du monde dont les fonctions sont à la fois cognitives et normatives. Les savoirs interdits étant des savoirs menacés deviennent des savoirs méritant publicité pour autant que celle-ci bénéficie aux communautés des détenteurs. Si le recueil du savoir traditionnel se fait nécessairement sur le terrain, c’est au sein d’institution comme l’hôpital que peuvent s’observer les recompositions de pouvoirs entre médecine occidentale et soins traditionnels. Le corps intermédiaire des infirmiers, entre patients et médecins, s’océanise de plus en plus et tolère au sein des institutions une cohabitation, voire une collaboration entre deux types et deux logiques de soin.

Ces quelques exemples montrent à la fois la cohérence de ce troisième axe et à quel point il sollicite toutes nos disciplines ; il en appelle aussi bien à l’anthropologie qu’à l’histoire, à la géographie culturelle qu’aux disciplines herméneutiques, aux littératures francophone et anglophone du Pacifique qu’à l’épistémologie des sciences humaines. La plupart de ces problématiques n’est pas limitée aux cultures kanak et mérite la comparaison avec les autres sociétés océaniennes, mélanésiennes, micronésiennes ou polynésiennes (si tant est que cette distinction soit tout à fait pertinente).
A cet axe correspond une part importante de l’enseignement donné dans le cadre du master de recherche ALC, notamment dans le tronc commun, où figurent trois UE d’épistémologie des sciences humaines (M1) et une UE spécialisée spécifiquement en littératures et cultures océaniennes (M2). Notons, pour finir, que cette attention posée aux mutations sociales dans le Pacifique n’intéresse pas que l’Océanie, elle donne à penser et à mettre en perspective des grandes questions qui animent aussi les sociétés industrialisées d’Europe : qu’il s’agisse de la problématique associée aux questions du genre, des identités culturelles, du pluriculturalisme, des dynamiques urbaines ou de l’interface entre les pouvoirs religieux et une société laïque. La mondialisation dont il est tant fait état fragmente au moins autant qu’elle n’uniformise.
En ce sens, le Pacifique peut apparaître aussi comme un laboratoire du présent. Ces petits pays insulaires permettent non seulement de vérifier la pertinence de certains champs théoriques en sciences humaines, mais offrent des approches originales qui seront utilement mises à profit pour des sociétés plus importantes par l’étendue de leur territoire et leur population.

Membres : Clément Vincent , Rigo Bernard
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